Tous égaux devant les applications d’aide à la mobilité ?

Extrait des résultats de la thèse menée par François Adoue dans le cadre d’une convention CIFRE entre 6t-bureau de recherche et le Laboratoire Ville Mobilité Transport (LVMT).

 

Contexte de l’étude

Les résultats présentés se basent sur l’exploitation de 23 entretiens semi-directifs et d’une enquête par questionnaire en ligne* réalisée auprès de plus de 1000 personnes. L’échantillon (888 personnes après apurement de la base de données) a été redressé selon les critères d’âge, de sexe, de PCS et de couronne de résidence afin de présenter des résultats représentatifs des abonnés aux réseaux de transports en commun franciliens.

Parmi les abonnés aux transports en commun franciliens équipés en smartphone, 9 sur 10 disposent d’au moins une application d’aide à la mobilité. Dans 80 % des cas, l’usager dispose alors de plusieurs applications : RATP, Vianavigo, Transilien, Google Maps, autre GPS, autre application.  Les taux d’utilisation sont élevés : 91% des personnes équipées en application en ont utilisé au moins une au cours des 30 derniers jours. Et le recours aux applications s’avère être une pratique ancrée : 96 % des personnes équipées en application d’aide à la mobilité estime qu’ils y auront recours à l’avenir.

Dans cette tendance grandissante à utiliser des applications d’aides à la mobilité, il semble que l’opérateur de transport local ait un rôle prépondérant. En effet, l’application RATP rivalise en tête avec Google Maps. Une rivalité d’autant plus affirmée que l’application Google Maps est très souvent pré-installée sur les smartphones alors que l’application RATP est nécessairement téléchargée.

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Si on observe un recours désormais généralisé aux applications d’aide à la mobilité, leurs fréquences d’usages ne sont quant à elles pas les mêmes pour tous.

 

Des inégalités dans l’aptitude à l’usage du smartphone

Les usagers n’ont pas tous les mêmes aptitudes à utiliser leur smartphone. Ainsi, notre recherche a développé une méthodologie de mesure des aptitudes à l’usage du smartphone qui montre que seulement 50% en ont une maîtrise parfaite :

  • Parfaite maîtrise du smartphone (50 %) : les usagers maîtrisent parfaitement l’intégralité des fonctionnalités du smartphone. Qu’elles relèvent des fonctionnalités classiques du téléphone (SMS, appels, photographie, etc.) ou des fonctionnalités propres au smartphone (navigation sur internet, téléchargement d’application, etc.).
  • Bonne maîtrise du smartphone(36 %) : les usagers maîtrise la grande majorité des fonctionnalités, à l’exception de certaines fonctionnalités propres smartphone (téléchargement de fichiers, d’application, etc.).
  • Faible maîtrise du smartphone (14 %) : les usagers rencontrent de nombreuses difficultés dans le recours aux fonctionnalités propres au smartphone mais aussi du téléphone classique

Une maîtrise dont la différenciation s’explique, du moins en partie, par les déterminants sociodémographiques classiques. Par exemple, la maîtrise du smartphone décroît avec l’âge, et elle s’avère meilleure chez les étudiants ou les CSP+.

 

Un usage différencié des applications d’aide à la mobilité

Quatre principales fonctionnalités offertes par les applications d’aide à la mobilité peuvent être distinguées :

  • La recherche d’itinéraire
  • La consultation d’horaires de passage
  • La consultation de plan du réseau de transports en commun
  • La géolocalisation

Aussi, le recours à ces quatre fonctionnalités varie significativement en fonction du degré de maîtrise du smartphone. Pour ces quatre fonctionnalités, l’usage quotidien croît avec le niveau de maîtrise du smartphone. Ainsi, parmi les usagers qui bénéficient d’une parfaite maîtrise du  smartphone, plus d’un sur deux recourt régulièrement à ces différentes fonctionnalités. À l’inverse, la majorité des voyageurs les moins à l’aise dans l’usage du smartphone n’a qu’un usage occasionnel ou nul pour chacune des fonctionnalités étudiées.

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Ces résultats confirment que la croissance du taux d’équipement en smartphone ne suffit pas à résorber la fracture numérique. Celle-ci se maintient dans l’usage et dans l’aptitude à l’usage des objets numériques. En conséquence, même une fois équipés en smartphone et connectés au réseau, les franciliens ne sont pas égaux devant les applications d’aide à la mobilité. L’amélioration des conditions de déplacement permises par la diffusion des applications d’aide à la mobilité risque de renforcer certaines inégalités face à la mobilité si seuls les voyageurs les plus agiles face au numérique en bénéficient.

Pour citer cet article : 6t, 2015, Tous égaux devant les applications d’aide à la mobilité ?, http://6t.fr/tous-egaux-devan…de-a-la-mobilite/ ‎


* L’enquête en ligne réalisée par 6t-bureau recherche a bénéficié d’une diffusion via la newsletter de la RATP (400 répondants). L’échantillon a été complété par le concours d’un access panel (600 répondants).

Plus d’infos : francois.adoue@6t.fr
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